Investir en fonds euros en 2026 : ce qu'il faut savoir
- RAVEL PATRIMOINE

- il y a 8 heures
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Avec un encours de plus de 2 000 milliards d'euros à fin 2025 (source : France Assureurs), le fonds euros reste le support d'épargne garanti le plus détenu en France. Son principe est simple : le capital versé est protégé par l'assureur, les intérêts sont définitivement acquis chaque année, et le portefeuille est investi majoritairement en obligations.
En 2025, son taux moyen s'est stabilisé à 2,65 % selon les estimations de Facts & Figures, confirmées par l'ACPR. C'est au-dessus du Livret A, ramené à 1,5 % depuis le 1er février 2026, et son rendement réel est redevenu positif pour la première fois depuis 2019. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a par ailleurs préservé le cadre fiscal de l'assurance-vie, là où d'autres enveloppes ont subi une hausse. Voici ce qu'il faut savoir avant d'investir ou de renforcer un contrat cette année.
I) Investir en fonds euros : à quel rendement s'attendre en 2026 ?
A) Un rendement moyen stabilisé à 2,65 %
Ce taux moyen de 2,65 % s'entend net de frais de gestion, mais avant prélèvements sociaux et avant impôt sur le revenu. Les rendements varient fortement selon les contrats : les écarts tiennent principalement à la qualité du portefeuille obligataire de chaque assureur et aux conditions d'accès au support euros. Le choix du contrat est aussi déterminant que le choix du support lui-même.
Pour situer ce rendement : le Livret A est à 1,5 % net de toute fiscalité depuis le 1er février 2026 (arrêté du 28 janvier 2026, ministère de l'Économie), le LDDS au même taux. Le fonds euros, même après déduction des prélèvements sociaux de 17,2 % sur les gains, reste plus rémunérateur que ces livrets. Seul le LEP, à 2,5 % et totalement défiscalisé, fait mieux, mais il est réservé aux ménages sous conditions de revenus et plafonné à 10 000 €.
B) Un rendement réel redevenu positif
Le taux brut ne suffit pas pour juger un placement. Ce qui compte vraiment, c'est ce que rapporte le fonds euros une fois l'inflation déduite.
L'inflation en France s'est établie à +0,8 % en glissement annuel en décembre 2025 selon l'INSEE, et s'inscrit autour de 1 % sur le premier semestre 2026. Avec un rendement net de prélèvements sociaux autour de 2,19 % (sur la base de 2,65 % brut), le support en euros génère un gain réel positif après inflation pour la plupart des épargnants. C'est une situation que l'on n'avait plus connue depuis 2019. Ce gain réel sera moindre pour les épargnants dont le contrat a moins de 8 ans, car le taux d'imposition sur les plus-values y est plus élevé. Pour la majorité des détenteurs d'un contrat ancien, la tendance est clairement favorable.
C) Une dynamique soutenue par le contexte obligataire
Les fonds euros investissent en grande majorité en obligations, principalement des obligations d'État françaises (OAT) et européennes. Le portefeuille se renouvelle progressivement : quand une obligation ancienne arrive à échéance, l'assureur réinvestit sur de nouvelles émissions aux taux actuels.
Depuis la remontée des taux de la BCE amorcée en 2022, ces nouvelles obligations offrent des rendements bien supérieurs à celles achetées entre 2015 et 2021, où les taux étaient quasi nuls. Ce renouvellement progressif soutient le rendement des fonds euros dans la durée. À noter que la BCE a amorcé une baisse de ses taux directeurs depuis mi-2024 : si cette tendance se poursuit, elle pèsera progressivement sur les nouvelles acquisitions obligataires et, à terme, sur les rendements servis.
II) LFSS 2026 : un cadre fiscal préservé pour l'assurance-vie
A) Une exception sur les prélèvements sociaux
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (LFSS 2026, article 12, promulguée le 30 décembre 2025) a relevé le taux de la CSG de 1,4 point sur les revenus du capital. Pour la plupart des placements financiers, les prélèvements sociaux passent de 17,2 % à 18,6 %, ce qui porte la flat tax de 30 % à 31,4 %.
L'assurance-vie bénéficie d'une exclusion explicite de cette hausse. Que les gains proviennent du fonds euros ou d'unités de compte, ils restent soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 %. Ce n'est pas le cas pour le compte-titres ordinaire, le PEA ou le PER, dont les gains subissent la hausse à 18,6 %.
B) Un avantage comparatif qui s'élargit en 2026
Enveloppe | Prélèvements sociaux 2026 | PFU global | Remarque |
Assurance-vie (fonds euros) | 17,2 % | 30 % avant 8 ans | Exclue de la hausse de CSG (LFSS 2026). IR réduit à 7,5 % après 8 ans + abattement annuel de 4 600 € (9 200 € couple). Fiscalité de la transmission préservée. |
Compte-titres ordinaire | 18,6 % | 31,4 % | Hausse de 1,4 point de CSG depuis le 1er janvier 2026 (LFSS 2026). |
PEA (après 5 ans) | 18,6 % | Exonéré d'IR | Exonération IR maintenue. Prélèvements sociaux en hausse de 1,4 point (LFSS 2026). |
PER assurantiel | 18,6 % | 31,4 % | Hausse des PS (LFSS 2026). Fin de la déductibilité des versements après 70 ans depuis le 20 février 2026 (LF 2026, art. 9). |
Investir en fonds euros via un contrat d'assurance-vie offre en 2026 un traitement fiscal que les autres grandes enveloppes n'ont plus : prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %, abattements après 8 ans préservés, fiscalité à la transmission inchangée. L'avantage comparatif de l'assurance-vie s'est concrètement élargi cette année.
C) Un cadre de rachat qui conserve son intérêt
La fiscalité des rachats reste inchangée en 2026. Pour les versements effectués depuis le 27 septembre 2017, les gains compris dans un rachat sont soumis au PFU : 30 % avant 8 ans d'ancienneté du contrat (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux). Après 8 ans, le taux d'IR baisse à 7,5 % pour les encours nets de versements inférieurs à 150 000 €, avec un abattement annuel sur les gains de 4 600 € pour une personne seule (9 200 € pour un couple).
Sur la transmission, les règles restent les mêmes. Pour les versements réalisés avant 70 ans, chaque bénéficiaire désigné profite d'un abattement de 152 500 € sur les primes et leurs gains (article 990 I du CGI). Pour les versements réalisés après 70 ans, l'abattement est de 30 500 € global, tous bénéficiaires confondus, et ne porte que sur les primes versées. Les gains générés par ces versements sont soumis aux droits de succession selon le barème (article 757 B du CGI).
III) Comment investir en fonds euros dans une stratégie d'épargne en 2026 ?
A) Fonds euros, Livret A, LEP : quelle place dans une allocation d'épargne sécurisée ?
Le Livret A et le LDDS sont défiscalisés, disponibles à tout moment, et sans risque. Ils ont clairement leur place pour constituer une épargne de précaution, idéalement l'équivalent de trois à six mois de dépenses courantes. Mais à 1,5 %, ils ne font plus le poids face au support en euros dès que l'on commence à les comparer sur la durée.
Même après prélèvements sociaux, le fonds euros d'assurance-vie reste plus rémunérateur que le Livret A. Et contrairement aux livrets, il bénéficie d'un cadre fiscal qui s'améliore avec le temps : plus le contrat est ancien, plus la fiscalité au rachat est avantageuse. Investir en fonds euros dans un contrat d'assurance-vie est complémentaire du Livret A, pas concurrent.
Pour les épargnants éligibles, le LEP à 2,5 % (plafonné à 10 000 €) fait encore mieux que le fonds euros net de prélèvements sociaux, entièrement défiscalisé et disponible. Il mérite d'être utilisé en priorité jusqu'à son plafond avant d'orienter le surplus vers un fonds euros.
B) Bien choisir son contrat : des écarts importants entre fonds euros
Tous les fonds euros ne se valent pas. Les écarts de rendement entre contrats peuvent dépasser 1,5 point selon le suivi des taux publiés par les assureurs, compilé par l'Argus de l'Assurance (janvier-mars 2026). Sur dix ans, la différence cumulée peut être significative.
Pour évaluer un contrat, trois critères comptent : la régularité du rendement sur les trois à cinq dernières années, les frais de gestion annuels qui diminuent directement le taux servi, et les conditions d'accès au fonds euros (certains assureurs exigent une part minimale d'unités de compte ou un encours minimum pour accéder à leurs meilleurs taux). Identifier le contrat le mieux adapté à votre situation fait partie du rôle de votre conseiller en gestion de patrimoine.
C) Les points de vigilance avant d'investir en fonds euros
Trois points sont à vérifier avant tout versement :
L'ancienneté du contrat : Les avantages fiscaux après 8 ans courent à partir de la date d'ouverture du contrat, pas de la date des versements. Si vous n'avez pas encore de contrat d'assurance-vie, ouvrez-en un maintenant, même avec un versement symbolique : chaque mois compte pour atteindre ce seuil.
La clause bénéficiaire : C'est l'un des points les plus souvent négligés. Une clause mal rédigée peut faire perdre une partie des avantages fiscaux à la transmission. Dans les situations simples, une clause standard suffit. En présence d'une famille recomposée, d'enfants de plusieurs unions ou d'une volonté de transmettre à des personnes extérieures à la famille, une clause sur mesure est nécessaire.
La diversification : Le fonds euros sécurise le capital mais son rendement reste modéré. Pour un horizon de moyen ou long terme, une part investie en unités de compte (actions, immobilier, private equity, produits structurés) permet de viser un rendement supérieur. La bonne répartition dépend de votre profil de risque, de votre horizon et de vos objectifs patrimoniaux.
En 2026, le fonds euros retrouve une attractivité que beaucoup avaient oubliée. Rendement redevenu positif en termes réels, fiscalité préservée là où d'autres placements ont subi des hausses, avantages à long terme intacts : c'est un support à reconsidérer sérieusement, que ce soit pour une première ouverture de contrat ou pour renforcer une épargne existante.
Un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à choisir le bon contrat, calibrer la répartition entre fonds euros et unités de compte, et s'assurer que la clause bénéficiaire est bien adaptée à votre situation familiale.
Prenez rendez-vous pour un bilan patrimonial personnalisé.
Sources : ACPR, étude sur le marché de l'assurance vie en 2024 (mars 2025) ; France Assureurs, bilan annuel 2024 (mars 2025) ; Facts & Figures, estimations rendement fonds euros 2025 ; Argus de l'Assurance, suivi des taux fonds euros 2025 (janvier-mars 2026) ; arrêté du 28 janvier 2026 relatif aux taux d'intérêt des produits d'épargne réglementée (Livret A 1,5 %, LEP 2,5 %) ; ministère de l'Économie et des Finances, communiqué du 15 janvier 2026 ; INSEE, indice des prix à la consommation décembre 2025 (+0,8 % sur un an) ; loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article 12, promulguée le 30 décembre 2025 ; loi de finances pour 2026 (L. n° 2026-103 du 19 février 2026), art. 9 ; Code général des impôts, art. 990 I et 757 B.




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